Le printemps de cette année 2019 est depuis quelques semaines dominé par un temps frais, océanique, humide et peu propice à la formation d'orages. Ho, il y a bien de temps en temps quelques manifestations, mais celles-ci par trop éphémères sont souvent balayées par des  changements de masse d'air prompts à venir exagérément tempérer les timides tiédeurs méridiennes. 

En ce début du mois de juin, les choses semblent toutefois vouloir évoluer quelque peu. Les premiers flux de sud dopés par un soleil parvenu au fait de sa puissance  semble vouloir faire tourner les choses à l'avantage des orages... Enfin, en théorie. Si les éléments semblent bel et bien décidés à s'aligner de manière plus favorable pour notre activité, les modèles de prévisions ont encore du mal à s'accorder sur le développement des orages espérés. 

C'est avec toutes ces interrogations que nous partîmes avec Jérémie Gaillard, d'un pas mal assuré, en direction du nord-est. Après une première étape agréable au sud de la Montagne de Reims, nous partîmes pour un promontoire situé sur un lourd relief Ardennais. Le point de vu, bien que superbe, perché en plein milieu d'une majestueuse forêt nous apparaissait plus comme un piège à chasseur d'orages que comme un lieu d'observation. Le soleil déclinant, l'architecture un peu triste bordant la Meuse.... Nous décidâmes complètement démoralisés de rentrer, persuadé qu'en ces froides contrées la survenue d'orages relevaient du miracle. Au loin de beaux cumulonimbus situés très au nord de notre position entre Belgique et Pays Bas achevaient de se consumer dans la lumière d'été. De guerre lasse nous fîmes un arrêt sur une éminence située non loin de Rethel afin d'observer le système avant de repartir...

Alors perchés sur notre promontoire un petit banc d'altocumulus attira notre attention. Ce dernier ne payait pas de mine, composé de nuages un peu ébouriffés ils ne présentaient aucune menace particulière. Toutefois nous décidâmes d'attendre quelques instants afin de suivre l'évolution de ce banc de nuage un peu intriguant. Le  soleil se coucha totalement sur la campagne encore alanguie dans la douce tiédeur de cette longue soirée. Nos nuages s'animèrent dès lors de mouvements convectifs et quelques timides échos radars trahirent rapidement la présence de petites averses. Les multiples tourelles crènelées disposées en escaliers, les mouvement ascensionnels brefs mais multiples qui poussaient les nuages toujours plus hauts dissipèrent nos doutes et nous nous mîmes à espérer un départ orageux bien plus franc que prévus.

Les  cumulus désormais parvenus au stade de congestus s'individualisèrent en un ensemble de petites cellules. Ces dernières peu épaisses, moyennement structurées étaient déjà le siège de bonnes averses. Nous décidâmes de lancer quelques poses sans conviction au cas ou une activité orageuse déciderait de se manifester. Le soir continuait à décliner lentement, les cumulus de se développer en produisant quelques petites enclumes cirriformes quand soudain...

Une lueur suivie d'un léger roulement de tonnerre anima ce très modeste nuage. De telles manifestations ne sont guère fréquentes sous nos contrées et se rencontrent davantage lors de petits orages survenant dans des zones arides. Toutefois cette illumination fut la seule que ce spécimen nous offrit avant de se résoudre en une simple averse. Très vite d'autres cumulus prirent le dessus et s'élevèrent toujours plus en restant tout à fait muets. Ce n'est qu'une fois la nuit parfaitement installée que les nuages prirent une dimension nouvelle et que l'activité orageuse se déclara tout à fait. Sporadique d'abord, elle se se déchaîna soudain alors que portés par le puissant flux de sud les cellules filaient se perdre sur les contrées wallonnes. 

Minuit sonna un brusque déclin de l'activité orageuse. Les dernières lueurs vibrantes illuminèrent encore l'horizon quelques instants et les ténèbres nous enveloppèrent totalement. La nuit noire, sans lune se consuma ainsi pendant près de deux heures. Nous nous assoupîmes quelques instants bercés par les stridulations des insectes nocturnes. Vers les deux heures du matin, le radar s'éveilla soudain. Quelques timides échos apparurent brusquement sur la Seine et Marne et semblaient se diriger vers notre direction. Un premier flash lointain confirma cette impression.

De modestes cellules orageuses prises dans le flux rapide s'illuminaient par intermittence. L'impression de violence de ces photographies est trompeuse. En effet bien souvent ces éclairs -majoritairement composés de coups de foudre- étaient espacés de plusieurs minutes. De telles manifestations électriques dites "d'activité lente" se rencontrent assez souvent au sein de masse d'air chaudes et uniformes. Le foudroiement assez rares et essentiellement composé de spectaculaires coups de foudre. Ces cellules n'étaient pas très facile à appréhender en raison de leur courte durée de vie qui n'excédaient pas les vingt minutes. Néanmoins dès que l'une d'entre elle se délitaient, d'autres prenaient aussitôt le relais.

La nuit s'étiola ainsi ponctuée de loin en loin par de rares éclairs. Les premières lueurs de l'aube diluaient leur camaïeu indigo quand une brève averse suivie d'un puissant flash palpita au dessus de notre position. Une petite cellule se forma à notre zénith de manière (presque) inattendue. Nous espérâmes un coup de foudre proche qui ne vint jamais quand de puissants flash assez fréquents éclatèrent dans notre dos. Un orage bien plus puissant que les précédents fit vibrer les paysage tout entier. L'activité électrique changea de nature et demeura essentiellement intra nuageuse tandis que de petits grêlons frappèrent le paysage en cadence. 

Notre position devint délicate et nous décidâmes d'échapper à cette tourmente soudaine en nous décalant de quelques kilomètres afin de jouir d'une vue plus globale de cet orage insolant. Emporté par le flux rapide et dans le jour naissant un petit système orageux bien structuré nous dévoila un joli spectacle matinal avant de se décaler en direction des Ardennes.  

T e r r e s   S a u v a g e s

-  H e n r i    B u f f e t a u t    P h o t o g r a p h i e  -