Le printemps est pour nous autre chasseurs d'orages une période très attendue. Outre la joie de célébrer l'éveil de la nature, nous sommes dans l'attente de la nouvelle saison orageuse. Période pleine de promesses qui voit alors le traqueur de tempête avide de sensations fortes se jeter sur la première manifestation instable venue... Ce qui fut le cas cette soirée là.

Partis du coeur de Paris en milieu d'après-midi nous nous jetâmes avec Jérémie Gaillard sur les routes en direction de la Champagne. En dépit d'un champs de pressions élevées une petite courbure cyclonique associée à un courant jet de basse couche allait secouer une atmosphère quelque peu instabilisée par une chaleur hors saison. Après un voyage sans histoire, nous arrivâmes dans les environs du Mont Août en toute fin d'après-midi. Au dessus de nous flottaient une myriade de petits flocons nuageux au sein desquels nageaient égarés quelques faibles orages isolés.

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Pour inoffensifs qu'ils paraissent ces nuages sont annonciateurs d'une zone largement instable à l'étage moyen. Leur apparition dans un ciel serein est presque toujours le signe d'un risque orageux diffus qui va en se renforçant. La soirée passa assez rapidement et ces petites manifestations instables se multiplièrent à mesure que le soleil déclinait. Certains d'entre eux à peine développés laissaient ça et là sourde quelques timides averses qui peinaient à atteindre le sol. Au coucher de soleil le ciel était constellé de petits altocumulus instables qui allaient en se développant dans une ambiance calme et tiède. Nous décidâmes de nous décaler de quelques kilomètres afin d'échapper aux averses innombrables qui se multipliaient. 

La nuit tomba calmement à mesure que le ciel se chargeait de sombres menaces. Pourtant les nuages demeuraient modestes en dépit de radars de précipitation qui s'affolaient. Au dessus de nous les averses n'en finissaient plus de s'épancher fraîches, régulière et cadencée. Nous nous décalâmes d'une dizaine de kilomètres afin de prendre du recul sur la tourmente qui, nous le sentions, jetait de plus en plus haut sa corolle glacée dans une atmosphère faussement calme. Alors que nous sortions de l'averse un premier flash assez bref illumina l'habitacle de la voiture. Mon compère poussa un juron bien senti et appuya sur l'accelérateur afin d'arriver rapidement sur le point de vu pressenti. Un second, puis un troisième flash déchirèrent les ténèbres grandissantes et nous arrivâmes sur une molle ondulation qui dominait le paysage alentour d'une dizaine de mètres. La pleine lune éclairait la scène d'un oeil béat et jetait sur la scène une étrange atmosphère à la fois glauque et sereine. Le vent tiède soufflant dans notre dos sifflait presque sans bruit en direction de l'averse que nous devinions sans distinguer réellement. Soudain un autre flash jaillit et un petit coup de tonnerre un peu métallique emplit la nuit naissante de sa sombre mélopée. Hurlement de joie et sentiment d'accomplissement d'avoir menés nos pas vers la tourmente tant désirée, nous attendîmes avec impatience la prochaine manifestation orageuse qui ne tarda pas à projeter son fil d'argent sur l'horizon.

Cet éclair complexe nous impressionna réellement et nous sentîmes à ce moment là que les choses ne s'arrêteraient pas là. Les bases ondulaient au dessus de nos tête tandis que les rideaux de précipitations qui peinaient à atteindre le sol étaient mis en évidence par de brèves lueurs étouffées. Un petit arc en ciel sélène (visible dans le centre droit de la photo ci-dessous) mis en évidence par la lune donnait un peu de relief à cette scène déjà étonnante pour une mi-avril. A partir de cet instant l'activité électrique se renforça nettement et les premiers coups de foudre apparurent.

Passée cette phase, l'activité ralenti quelque peu pour se cantonner en altitude tout en s'espaçant de plus en plus. Le vent qui jusque là soufflait en direction de l'orage changea de cap pour s'en venir nous rafraîchir avec douceur. Les bases qui s'étendaient au dessus de nos têtes se disloquèrent peu à peu tandis que de très puissants coups de foudre illuminaient les champs avec fracas... Trop peut-être pour les capteurs de nos appareils photos qui imprimèrent de superbes flash aveuglant, totalement inexploitables. Nous décidâmes de lever le camps pour nous replacer plus au sud en prévision de la suite de la soirée qui s'annonçait très agitée sur le papier. Après une première étape infructueuse sur les hauteurs dominant Troyes, nous nous postâmes plus au sud, non loin de Joigny sur une éminence qui dominait toute la campagne Bourguignonne. Devant nous un train d'averse peinait à se concrétiser tandis que de puissants flash, témoins d'une sévère ligne d'orage qui illuminait le Loiret, déchiraient de lointains horizons. Une première averse modérée vint nous rafraîchir tandis que le ciel muet nous plongeait dans une abîme d'incertitudes. Aurions nous fait le mauvais choix en nous replaçant trop au sud? La température ne serait-elle pas trop fraîche pour fournir le carburant nécessaire à l'orage en gestation?

Un timide flash vint dissiper nos craintes et une petit araignée électrique vint mettre en évidence un rideau de pluie mal structuré.

De longues minutes passèrent sans que rien ne vint égayer nos cieux. Quelques gouttes fine s'abattaient ça et là sans coup férir tandis que la lune désormais haute diffusait son obscure clarté sur la campagne endormie. Ces orages à l'activité électrique lente ne sont pas très évidents à anticiper car la nature très aléatoire de leurs foudroiements (qui peuvent s'avérer très spectaculaires) ne permet pas de définir une zone orageuse très précise. Ce qui fut le cas durant ce dernier orage. Une dizaine de minutes plus tard un puissant flash vint éclairer l'horizon suivit de deux autres. Une activité foudre en air sec assez inattendues s'était mise en place sur un second orage plus distant. La boule visible à la base de l'éclair est une surtension. Ce dernier à très probablement frappé une ligne électrique et provoqué un court circuit. Après cet épisode, quelques flash éclairèrent la nuit, mais sans trop de conviction est une pluie fine nous enveloppa totalement, signant la fin de cet épisode tout à fait remarquable pour la saison.

T e r r e s   S a u v a g e s

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