Après un mois de mai digne d'un mois de mars, une nouvelle dynamique semblait vouloir se mettre en place en ce début juin. Des pulsions chaudes drainées par une dépression positionnée sur le proche Atlantique remontèrent assez largement sur nos contrées et interagirent avec l'air océanique positionné en embuscade sur une large moitié ouest. Le conflit de masse d'air était pour le moins remarquable ce jour. Si nous enregistrions près de 31 degrés à Reims la température peinait à dépasser les 20 degrés sur une ligne qui s'étendait depuis La Rochelle jusqu'à Lille. Cette transition entre ces deux masses d'air de densité et de nature différente ne pouvait évidemment se faire sans une certaine agitation. Pour cette raison météo France plaça un très large quart Nord-est sous le coup d'une vigilance orange pour un risque d'orages violents.

Partis en tout début d'après-midi en compagnie de Basile Ducournau nous nous positionnâmes au sud-ouest de la Montagne de Reims un peu avant 17h. Nous eûmes tout le loisir de contempler les vastes enclumes des systèmes orageux qui sévissaient alors sur la région parisienne. Ces dernières très étirées par les forts vents d'altitude recouvraient une grande partir de nos horizons tout en se propageant rapidement sur la Champagne. Bien loin de se rafraîchir, l'atmosphère demeura pensante et lourde à mesure que les systèmes orageux se développaient.  Trahissant une masse d'air assez sèche en altitude, quelques mammas vinrent festonner les enclumes en formation.

L'atmosphère resta ainsi suspendu pendant un temps. Un léger souffle chaud et continu bruissait vers l'orage encore lointain tandis que, dopés par le soleil de ce début d'été, mille insectes vibrillonants chantaient en cadences dans les herbes folles. Au loin sur l'horizon une masse plus sombre se dessina soudain. Un ourlet nuageux semblable à une vague apparu et se renforça subitement pour rapidement ressembler à une lame de fond sortie du fond des cieux. L'activité électrique bien que présente se montra assez discrète et ne se manifesta que sous la forme de vibrantes lueur violacées que diffusait le rideau de précipitation en approche.

Les insectes se turent et le vent cessa soudain. Un ronronnement orageux à peine troublé de lointains coups de canons trahissait la complexe machinerie orageuse qui peu à peu se teintait de vert. Le radar nous confirma un orage extrêmement bien structuré qui progressait vers notre position à grande vitesse. l'Arcus s'approcha encore et le ciel se renversa totalement, nous offrant un spectacle d'une dimension autre. Tout n'était que mouvement, vapeurs verdâtres qui naviguaient anarchiquement au gré des puissants courants aériens. Quelques grosses gouttes s'écrasèrent ça et là tandis qu'une rafale plus fraîche nous enveloppa. Le paysage devant nous disparu par pans entiers dans le noyau de précipitations et nous partîmes en hâte nous replacer sur une éminence située un peu à l'écart de toute cette agitation.

Commença alors une folle poursuite avec l'arcus, courant à travers champs entre les gouttes, enveloppés par les poussières soulevées par le puissant souffle de l'orage nous partîmes en trombe nous replacer une vingtaine de kilomètres plus à l'est. Chemin-faisant nous ne pûmes que constater les importants dégâts dont les soudaines rafales furent à l'origine. Branches cassées, troncs coupés à mi-hauteur. Il est certain que la croissance des feuilles parvenues à maturité offrent une importante prose au vent qui fragilise les grands arbres séculaires en cas de rafales soudaines.

Nous slalomâmes une vingtaine de minutes  entre les  différentes cellules orageuses avant d'arriver sur une molle ondulation qui dominait d'une courte tête le paysage environnant. Le vent plus frais, des petits orages situés en éclaireurs soulevés par la lame d'air frais du corps orageux principal s'agglutinait autour de notre position. De temps à autre un coup de foudre très bref déchirait les précipitations mais nous nous aperçûmes rapidement que le plus gros était passé. Ces avortons instables dissipaient les dernières parcelles d'air chaud dans un environnement devenu subitement beaucoup moins favorable. Les dernières cellules achevèrent de noyer leur bases dans un magma liquide de précipitations que transperçait un soleil rafraîchit.

Un bref arc en ciel salua la renaissance de l'astre du jour tandis que l'air plus frais achevait de déstructurer les structures orageuses devenues bien vaporeuses. L'orage est à l'instar de toute vie une machinerie bien éphémère. A peine le cumulonibus a t-il étalé sa corolle de glace sous la voute céleste que ce dernier porte en lui les germes de sa propre déchéance. C'est l'organisation des vents au sein de l'atmosphère qui déterminera en définitive sa nature, son identité, sa longévité.

T e r r e s   S a u v a g e s

-  H e n r i    B u f f e t a u t    P h o t o g r a p h i e  -